L'évidence s'impose, l'indigence du paysage audiovisuel maghrébin ouvre le champ à la création de chaînes privées populaires qui construiront de solides audiences. Le public les attend.
Mais ces chaînes ne sauront s'établir sans le concours des téléspectateurs algériens.
En ce sens, le projet de Nesma TV qui veut s'adresser à la population 15/34 du Maghreb rejoint le public que convoite tout projet de télévision qui vise une place significative dans le paysage audiovisuel de la région.
Depuis un premier lancement avorté il y a juste 3 ans, les initiateurs de Nesma TV, les frères Nebil et Ghazi Karoui ont relancé leur projet. Ils sont rejoints cette fois par deux groupes audiovisuels importants: Quinta Communications Group, propriété du franco-tunisien Tarek Ben Ammar et Médiaset, propriété de Silvio Berlusconi. Chacun d'eux disposent de 25% du capital de Nesma TV et les frères Karoui de 50%.
Ainsi avec ce tour de table, les frères Karoui, aussi représentants d'Endemol pour le Maghreb, se sont-ils donnés les moyens professionnels et financiers d'assurer le développement de leur projet.
Mais ils ont également un handicap: leur implantation tunisienne.
Aux yeux du Maghreb dont chacun connait bien la sensibilité culturelle, cette chaîne qui se dit maghrébine est "périphérique". Elle reste étrangère au Marocains et surtout aux Algériens. Comme Medi1Sat, la Marocaine.
Il en serait différemment d'une chaîne privée algérienne ( établie au non en Algérie ) qui s'adresserait au Maghreb. A eux seuls les Algériens représentent plus de la moitié de la population du Maghreb.
Dans une première époque,dans l'attente que ne s'ouvre le paysage algérien, Nesma tirera ses revenus publicitaires en grande partie du marché tunisien où elle se confronte aussi à la concurrence de TV7 et Hannibal TV . Elle devra donc répondre aux attentes d'un public tunisien, dont la sensibilité et la culture sont différentes et qui est plus tourné vers l'Orient.
Pour conquérir le public algérien, la tunisienne Nesma devra mieux répondre à ses attentes et à sa sensibilité culturelle entrant alors en conflit avec sa première cible.
En Algérie, elle sera également confrontée à la volonté du gouvernement de développer des modes de diffusion TNT fermés aux chaînes étrangères et à sa volonté (vaine) de limiter la réception satellitaire. Elle devra aussi se confronter à l'hostilité politique aux télévisions privées de l'Algérie qui s'est déjà manifestée à son égard lors d'une récente visite.
«Oui, nous avons demandé au gouvernement algérien une accréditation pour l’ouverture d’un bureau à Alger» ont déclarés à cette occasion les représentants de Nesma. Ils attendent !
On peut imaginer que les autorités algériennes se garderont de répondre rapidement à leur demande, comme plus encore à une possible diffusion en TNT.
Ce serait -de facto- une brèche dans le monopole que maintient encore l'Algérie !
En cas de bras de fer, il n'est pas non plus impossible que des mesures soient envisagées à l'encontre des annonceurs algériens comme l'a fait la Grande Bretagne dans le passé à l'encontre des stations étrangères et off-shore émettant vers son territoire.
Au plan publicitaire aussi, Nesma découvrira la difficulté de fédérer les annonceurs sur l'ensemble du Maghreb. Les chaînes paneuropéennes connaissent aussi cette difficulté de construire des audiences et de trouver des annonceurs qui cherchent à diffuser un message identique sur différents pays.
Bien peu gagnent de l'argent (hors Eurosport).
Dans une interview à El Watan, Nebil Keroui, le directeur général de Nessma TV, disait "viser une audience de 15% dans le Maghreb". Il veut également une chaîne généraliste bien qu'elle ne diffusera pas de journaux.
Outre ces paradoxes et l'enthousiasme du fougueux et optimiste chef d'entreprise;, nous avons cru pourtant déceler bien des soucis en perspectives pour Nesma.
Gageons que Nebil Keroui le sait aussi.
C'est un pari difficile qu'il a pris à l'aube des bouleversement de la consommation audiovisuelle et d'un paysage qui ne restera pas immuable.
L'identité tunisienne de Nesma risquera alors de peser lourd.
Pour l'instant, la chaîne est enthousiaste et fait les beaux yeux à l'Algérie.
Elle retransmettra les en même temps que la chaine suivra et analysera les matchs de l’équipe tunisienne, deuxième équipe du Maghreb à participer à la CAN.
A partir de la semaine prochaine, l’émission « Nass Nessma » jusqu'à lors diffusé de manière hebdomadaire sera quotidienne et la « Star Academy Maghreb » reprendra au mois de mars prochain.
Selon les dirigeants de la chaîne ( source Al Khabar ) , « le président Kadhafi est personnellement intervenu auprès du premier ministre Berlusconi qui détient 25% des parts de la chaine, pour demander qu’on accorde aux jeunes libyens la chance d’y participer, ce qui a amené la chaine à organiser des castings en Libye et en Mauritanie, en plus de certains pays européens ayant une communauté maghrébine » .
Là aussi , il est des atouts difficile à porter.