Il s’est déclaré récemment favorable à l’ouverture du champ audiovisuel :

HHC déplore l’hégémonie de l’exécutif sur la télévision

par Halim Mouhou Jeune Independant

Le directeur général de l’ENTV, Hamraoui Habib Chawki, est revenu hier à la charge en se plaignant de l’hégémonie de l’exécutif sur la télévision. «Il faudrait revoir le cahier des charges de l’ENTV, notamment son chapitre II qui subordonne la télévision publique a des contraintes vis-à-vis des institutions de l’Etat, et de l’exécutif», a déclaré hier le DG de l’ENTV, Hamraoui Habib Chawki, lors de son intervention à l’occasion du quatrième et dernier jour des travaux de l’atelier de formation des membres et des fonctionnaires du Parlement sur le thème : «La relation du Parlement avec la presse», organisé du 3 au 6 du mois courant au siège de l’APN.

«Ce cahier des charges permet à l’exécutif d’intervenir dans la grille de la télévision au moment et de la façon qu’il veut, sans prendre en considération les contraintes professionnelles, notamment en ce qui concerne l’impératif temps», a ajouté M. Hamraoui qui révèle avoir adressé des correspondances écrites aux membres de l’exécutif pour attirer leur attention sur cette situation.

Le directeur général de la télévision publique a, en outre, déploré l’absence de loi claire concernant la couverture par l’ENTV des activités des partis politiques. «Il n’y a pas de loi précise concernant la couverture par la télévision publique des activités des partis politiques», a-t-il dit en précisant que seuls les partis représentés à l’APN bénéficient de la couverture de la télévision.

A raison, a-t-il précisé, de «deux minutes et demie de temps pour le parti majoritaire, d’une minute et demie pour le second, alors que les partis n’ayant pas de groupe parlementaire ne bénéficient pas, ou peu, de la couverture de leurs activités».

M. Chawki avait déclaré récemment, lors d’un séminaire international organisé à l’initiative de la fondation allemande Friedrich Ebert, qu’il était favorable à l’ouverture du champ audiovisuel aux opérateurs privés. Cela, alors que le premier responsable du secteur, le ministre de la Communication, Hachemi Djiar, a estimé à plusieurs reprises que le moment n’était pas encore arrivé pour une telle entreprise.

Un avis partagé également par le président de la République lui-même qui a déclaré ne pas vouloir «revivre l’expérience de la presse écrite avec l’ouverture du champ médiatique audiovisuel». Il convient, néanmoins, de noter que le DG de l’ENTV a exprimé ces avis qui ne sont pas ceux de ses supérieurs, à l’occasion de deux activités internationales, puisque ses déclarations d’hier ont été faites devant des sénateurs et des journalistes américains.

S’agit-il d’un besoin ou d’un souci réel exprimé, compte tenu de son expérience dans le domaine, ou s’agit-il seulement d’un discours destiné à la «consommation étrangère» ? Pour revenir à cet atelier de formation, celui-ci a été organisé conjointement par la conférence américaine des législatures d’Etats (NCSL) et le Parlement algérien, avec le soutien du département d’Etat américain, dans le cadre de l’Initiative de partenariat au Moyen-Orient (MEPI).

Ses travaux ont débuté samedi et ont vu la participation de plusieurs députés, de cadres du ministère de la Communication et de celui des Relations avec le Parlement, des directeurs de journaux privés et publics, ainsi que 12 experts, en majorité des journalistes et des sénateurs américains de la CNSL.

Les travaux de la journée d’hier ont eu pour thème la relation d’éthique entre les parlementaires et les journalistes. Le parlementaire comme le journaliste est tenu par l’éthique Les parlementaires et les fonctionnaires du Parlement sont tenus, au même titre que les journalistes, à se conformer à l’éthique et à la déontologie.

Car, si les parlementaires ont besoin des médias pour rendre compte à l’opinion publique du travail qu’ils accomplissent au sein de leur institution, les journalistes, vigiles de la société, tenus par le devoir d’informer leurs lecteurs, ont aussi besoin du Parlement pour que leur soit fournie une information claire, suffisante, crédible et actuelle sur les travaux de l’institution législative et les débats qui s’y tiennent.

Mais cela n’est pas aussi facile à faire qu’à dire. Le sénateur de l’Etat de l’Illinois, aux Etats-Unis d’Amérique, Stephen Rauschenberger, a indiqué que le parlementaire doit d’abord être apte à communiquer avec la presse et doit se préparer avant de faire une déclaration, tout en s’assurant que son message est clair.

Le sénateur américain a souligné que le parlementaire doit s’assurer de la véracité et de l’exactitude de ses informations. Pour sa part, Tim Hoover, journaliste au quotidien Kansas City Star, a évoqué le dilemme pour le journaliste d’allier entre célérité dans la transmission de l’information et précision de celle-ci.

Il a affirmé, dans ce sens, que la précision est primordiale, «même si le journaliste doit retarder la transmission de son information», précisant qu’«une information erronée pouvant nuire à la réputation d’un haut responsable ne gênerait pas ce dernier autant qu’une information authentique le concernant».

Un avis partagé par le directeur de publication d’El Watan, M. Omar Belhouchet. «Je préfère rater une information que de donner une information totalement fausse qui nuirait à une institution ou à une personne», a-t-il assuré en précisant que cela porte atteinte à la crédibilité du journaliste et du journal.

M. Belhouchet a mis en avant «la pression qu’a connue le journaliste algérien» durant la tragédie nationale, juste après l’adoption du pluralisme médiatique, estimant que ces conditions avaient «quelque peu retardé le débat sur l’éthique et la déontologie».

Mme Zahia Benarous, membre du Conseil de la nation, a relevé que le journaliste et le parlementaire recherchent tous les deux la vérité. Elle a souligné que les «dépassements de la presse sont chose normale du fait du pluralisme médiatique», saluant au passage le rôle de celle-ci «pour préserver et défendre les principes autour desquels se rassemblent les Algériens pendant les moments tragiques qu’a connus l’Algérie».

Elle a par ailleurs appelé la presse et le Parlement à «établir de nouvelles relations fondées sur la coopération et la complémentarité». H. M.