Comme dans tous les domaines, le monde arabe est loin de présenter une face homogène, uniforme et en ce qui concerne le champ médiatique toute tentative de généralisation est impossible.
S’il ne manque pas de raisons de porter un regard critique sur les nouveaux médias au Moyen-Orient, force est de constater qu’ils ont au moins le mérite d’exister. Car au Maghreb qu’en est-il ?
En Algérie, c’est au monopole étatique sur l’audiovisuel contre lequel les forces créatrices se heurtent. Le champ médiatique est verrouillé : l’Etat dispose d’un monopole incontournable sur la télévision, la radio, l’agence de presse et les publicités). Dans ces conditions aucune initiative privée n’est envisageable et l’Etat ne semble pas pressé de réformer ce cadre législatif désuet. Toute redéfinition du paysage télévisuel algérien est donc, à moyen terme, inenvisageable.
Cette tenue en laisse de l’audiovisuel montre pourtant ses limites lorsque l’on sait que l’Algérie est le pays qui compte le plus de paraboles : les spectateurs se détournent de la chaîne publique pour étancher leur soif d’images via le satellite.
Etouffés sur le territoire national, les initiatives éclosent à l’étranger et notamment en France où Paris abrite plusieurs télévisions et radios à destination du public algérien. N’ayons pas peur des paradoxes !
Malgré une expérience d’ouverture limitée et contrôlée du champ hertzien (aventure de France 2 en Tunisie), la Tunisie n’échappe pas non plus au phénomène de « parabolisation à l’algérienne ». Avec une télévision nationale aux mains du pouvoir et m^me si une chaîne privée (bien contrôlée, vient d'être autorisée) les Tunisiens ont adopté le même comportement que leurs voisins occidentaux et se sont tournés, eux aussi, vers les chaînes satellites.
Le Maroc semble faire cavalier seul. En effet, le projet d’ouverture de l’audiovisuel – jusqu’alors monopole d’Etat - à des opérateurs privés marque un tournant qui pourrait placer le Maroc au rang de leader au Maghreb dans le domaine de l’audiovisuel.
Le projet de loi est en passe d’être adopté : il prévoit la possibilité de créer des chaînes de télévision et de radios privées. Pour accompagner ce processus, un Conseil supérieur de la communication audiovisuelle et une Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA) ont été créés. A en croire le nombre de dossier qui s’empilent sur les bureaux de la HACA, il semble que cette initiative entre en résonance avec les aspirations de la société civile.
Disposant dorénavant d’un cadre légal et institutionnel, le secteur audiovisuel marocain va prendre une longueur d’avance sur ses voisins maghrébins et s’inscrire dans le paysage audiovisuel arabe et méditerranéen.